Twitter ça sert à rien
February 23rd, 2010Février dernier, un monsieur de Science et Vie Micro (je regrette avec amertume qu’il n’eût s’agit de son petit frère Science et Vie Junior) m’a contacté tout à fait par hazard pour que je réponde à 2-3 questions au sujet de Twitter. Il recherchait des témoignages d’utilisateurs pour un article qui parait dans le numéro de Mars.
Comme je n’avais jamais encore posé de réflexion sur le papier au sujet de Twitter, j’ai pris une heure et demi pour expliquer une bonne fois pour toutes ce que j’en pense. Comme ça, la prochaine fois qu’on me demande “Mais c’est quoi Twitter en fait ? Ca sert à quoi ?” je n’aurai plus besoin de répondre de mauvaises approximations et autres raccourcis du genre : “Tu vois ton status facebook ? Ben c’est pareil, plus ou moins” ou encore “Euh pff, j’sais pas expliquer” – quand je suis en mode j-ai-pas-envie-de-te-parler.
Comme l’article cite environ 9% de ma bafouille, je colle l’intégralité des questions et des réponses ci-après.
Depuis quand utilisez-vous Twitter, et qu’est-ce qui vous a motivé pour essayer ?
Je me suis inscrite le 4 juin 2008, mais je l’utilise très régulièrement que depuis le début de l’année 2009.
Ma curiosité pour Internet en général et les social medias en particulier, ainsi que le fait qu’on en ait parlé partout comme de quelque chose d’amusant ont suffit à me convaincre de faire un essai.
Et qu’est-ce qui vous motive pour continuer ?
Je m’y amuse beaucoup et j’apprend des choses tout le temps.
La qualité principale de Twitter ?
J’aime sa légèreté, sa rapidité, son puissant moteur de recherche en temps réel qui dépasse presque l’entendement…
Je suis personnellement séduite par son utilisation en mode texte uniquement. Des caractères spéciaux (le # et le @) et des codes spécifiques et universels connus de tous les utilisateurs (”RT” / “cc” / “via”) lui offrent le même type de souplesse que celle d’une ligne de commande.
Cependant, le fait que Twitter soit ouvert à de multiples clients aux fonctionnalités et aux designs divers qui le rendent portables sur vers une multitude de terminaux lui offre une ubiquité qui est assurément sa principale qualité.
L’intérêt par rapport à d’autres outils de communication, comme le blog ?
Pour moi, les tweets s’envolent, le web de fond reste. De fait, n’ai jamais compris pourquoi on comparait Twitter à des outils comme le blog. Les deux sont tout à fait différents, que ce soit en terme d’utilisation ou de consultation. Le blog a une mémoire. Il est légitime de passer du temps à couper un cheveu en quatre dans le but d’exposer le fruit d’une réflexion sur un blog. Sur Twitter, le format ne se prête pas à ce genre de choses. Il les rend même tout à fait impossibles.
De plus, Twitter n’a pas de mémoire. Sur une timeline moyenne compilant les tweets d’une centaine de followings ; un tweet meurt à H+2. Twitter est une text-board qui a un cycle court, et dont il faut considérer le large bouton “MORE” qui marque le bas d’une timeline comme sa limite de lecture effective. Le reste, tout ce qui est en dessous, de ce bouton frontière, c’est vieux, inutile : on ne trouve plus d’intérêt à aller y rebondir. Twitter est un monde persistant où l’on ne regarde jamais en arrière.
L’intérêt de Twitter est de partager une humeur, un mot ou un lien dans l’instantanéité. Tenter de faire rire ses amis en créant des situations de quiprocco peut aussi être considéré comme un pôle d’activité important. Twitter permet aussi de se divertir ultra rapidement : lire deux tweets prend 10 secondes, en poster un que l’on a déjà pensé, cela prend 10 secondes aussi. On ne fait pas grand chose de divertissant n’importe où, et n’importe quand, en 10 secondes, comme ça.
Ce que j’aime aussi, d’un point de vu plus “nerdy”, c’est que l’information tweetée va suivre une trajectoire similaire à celle d’une balle de ping-pong que l’on jetterait dans un boule de plexiglas d’un mètre de diamètre. On ne peut pas décrire à l’avance la trajectoire finale d’un tweet, ni la manière avec laquelle la twittosphère va y répondre, ni comment elle le reprendra ou le commentera, et encore moins par qui ce sera fait. Exponentialité, chaos et temps-réel sont ici les maîtres mots.
Les défauts ?
Je ne trouve pas de défaut à Twitter. Ce site égaie mon quotidien, me cultive, me distrait et ne m’a jamais procuré de sentiment désagréable, contrairement à Facebook, qui est un réel “frienemy”.
Cependant, pour le plus grand plaisir de ses utilisateurs, et afin que Twitter soit pérenne en tant qu’entreprise, j’espère qu’elle va vite inscrire sa géniale idée désintéressée dans un business-model un peu plus terre à terre … apparemment, c’est presque le cas.
Votre cadence moyenne de tweets ?
Un par heure quand je suis réveillée.
Quelle est la dimension narcissique dans le fait de twitter ?
Elle est énorme, elle tient le concept en entier. Twitter se situe entre les étages 3 et 4 de la pyramide de Maslow, et surfe sur des besoins de socialisation et d’estime.
Tweeter c’est avant tout de l’ego trip. On ne rend service à personne en relayant aussi vite que l’on peut des flux d’informations captés aléatoirement dans les médias. On ne tweete pas pour informer, on tweete pour communiquer : pour être entendu, obtenir des réponses, ou au moins une certaine forme d’approbation, qui se matérialisera dans notre timeline sous forme de retweets et autres signes de feedback de la part de nos followers.
La permanente “course à l’info fraîche” fait parti de cet ego trip. C’est à qui trouvera le lien le plus cool le plus vite. La qualité du contenu du lien, la façon dont il va être compris, cela est secondaire, la véracité de l’information aussi…. on sera toujours a temps de vérifier. Plus tard.
Twitter, c’est une drogue ? Pouvez-vous imaginer 24 heures sans Twitter ? Et une semaine ?
Non ce n’est pas une drogue. Je peux m’en passer, 24 heures, une semaine : sans problème. Cela ne provoquera pas chez moi de crise d’angoisse (contrairement à une coupure pure et simple d’Internet.) Je serai, évidement, un peu frustrée.
Ce n’est pas une drogue, mais cela remplit des instants vides dans un monde ou l’on passe notre vie à attendre. Twitter est une bulle sociale que l’on peu invoquer lorsque notre environnement immédiat ne capte pas notre intérêt. Je l’invoque souvent dans le métro, par exemple, et on peut aisément comprendre pourquoi.
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Le scan de l’article est dispo ici (je précise que des bloggers célèbres tels que Pipomantis ou Sskizo y sont cités – ne me demandez pas qui est NKM et ses 35,000 followers, srsly je m’en branle.)






